24 juillet 2021

99 DRAGONS : exercices de style. 64, Citations latines

99 dragons 64 ia_0512_the-real-story-behind-st-george-and-the-dragon-final réduite- Si j’en crois votre curriculum vitae, balance le roi en regardant Georges de Lydda droit dans les yeux, vous êtes le nec plus ultra en matière de tronçonnage d’occiput ? Le primus inter pares des diplômés de dézingage de griffus ?

- Je suis en effet docteur honoris causa de l’Université de charcuterie de Lugdunum. Et j’ai toutes mes U.V. du cursus de boucherie artisanale du Colisée de Rome. Je débarrasse sur demande de tout objet de ressentiment, qu’il soit unique ou non.

- C’est très bien parce que, voyez-vous, nous autres, hic et nunc, on a un dragon sanguinaire à éliminer. J’imagine que votre prestation n’est pas gratis pro deo ? Ca nous coûtera combien, grosso modo ?

- Le montant est inscrit sur cette facture.

- Ah oui ! Quand même ! Ca fait cher du Deus ex machina, votre entreprise de dératisation ! La conversion de tout mon peuple à votre religion, ce n’est pas rien !

- Il est normal que chacun paie de sa personne. Vous êtes en guerre. Votre populace va avoir son lot de panem et de circenses : je leur offre un spectacle de cirque en vous tirant de la panade. Je vous débarrasse qui plus est d’une persona non grata et c’est moi qui prend tous les risques. Tel est le pretium doloris !

- La douloureuse est très précise, en effet !

- Si vous aviez eu une armée correcte commandée par un capitaine ad hoc, vous auriez pu le dégommer sans faire appel à moi, ce dragon !

- Ce n’est pas auprès de vous que je vais faire mon mea culpa. Voilà, je contresigne. Allez faire votre sale besogne. La bête est au pied des remparts Sud, extra muros, dans le champ du père Manganate.

***

99 dragons 64 st-george-and-the-dragon-louise-udovichLe dragon faisait bien, in extenso, dix-huit mètres de long. Il ressemblait à une fourmi géante et avait un beau chapeau sur la tête. Un insecte carnivore gigantesque qui bouffait brebis, agneaux, moutons, béliers et tous les animaux ejusdem farinae, id est nourris aux farines animales, y compris les vaches folles qui meuglent « Habemus papam !» quand elles voient s’élever la fumée blanche des locomotives qui peuplent leurs rêves emplis de civilisations futuristes.

Un insecte devenu obèse à force de boulotter, du genre qui tangue à chaque pas, qui fluctuat nec mergitur mais c’est tout juste, Auguste ! Un bestiau pas très longiligne, juché sur un vélo instable avec un maillot Festina lente, qui se hâte lentement vers le wagon–restaurant des rêves bovins précédemment évoqués.

Le vulgum pecus s’enfuit à la vue de ce monstre couillu car « duos habet et bene pendentes » et, de facto, comme a écrit le grand fabuliste Jacobus Chiracus dans son traité « Abracadabrantescus pschitt pschittum », « quand ça lui en touche une sans faire bouger l’autre », ça fait un bruit abominable qui fait se barrer sine die même les durs d’oreille. Et je ne vous parle pas de son odeur, un parfum sui generis qui dissuade tout un chacun de réclamer un référendum sur la nécessité ou non de jouer « Oedipus rex » au sauna.

Mais quid, ce jour ? Voici un homme plus blanc que blanc – Ecce homo ! – qui s’avance sans se pincer le nez en direction de Brutus – dans cette version le dragon s’appelle Brutus - , sans péter de trouille, une espèce d’inconscient qui semble ne pas connaître ni « memento mori », ni « vulnerant omnes ultima necat » (Souviens-toi que tu es mortel, que toutes les heures blessent et que la dernière tue !). Un gars qui a du courage dans son vademecum ?

Que vient dégoiser ici cette vox clamans in deserto ? Brutus écoute le fourbi urbi et orbi de ce mal dégourdi. O sancta simplicitas ! Qu’est-ce qu’il me veut donc, lou saint-Ravi de la crèche ?

- Vade retro, Satanas, ! Sursum corda ! (Casse-toi, pauv’con, ou j’te fais traverser la rue haut les cœurs !).

99 dragons 64saint-georges-combattant-le-dragon-originalStricto sensu, Brutus qui n’a pas fait latin 3e langue n’entrave que couic au baratin de cuisine du gonze mais il comprend bien l’esprit « asinus asinum fricat » de la diatribe.

- Je vais frotter cet âne et lui tirer les oreilles ! menace l’importun.

- Si vis pacem, para bellum ! Si tu cherches la castagne, dis-toi bien que je ne vais pas te foutre la paix !

- Je vais t’envoyer dans le sanctus sanctorum ! Qui bene amat, bene castigat !

- Et moi tu vas voir comme j’aime bien sortir de mes aragonds pour t’encoller une pastille !

Et puis, parce qu’il n’y a rien de nouveau sous le soleil (nihil novi sub sole), parce que bis repetita placent (vous vous êtes déjà envoyé soixante-trois fois le film mais une petite redif ne fait jamais de mal), parce que le lieu n’est pas ici du ne varietur mais qu’au contraire l’heure est celle du mutatis mutandis, (parce qu’on ne prône pas ici les valeurs de l’immuable mais au contraire le plaisir induit par le changement d’herbage qui réjouit les dévots), parce que Saint-Georges et le dragon n’ont visiblement pas le même modus vivendi (ils ont des avis divergents sur le tempo du concerto RV 315 de Vivaldi surtout quand c’est Nigel Kennedy qui mouline) arrive le moment tant attendu où l’action prime sur les mots.

2d34b88c633df5fd31b13cf5dcb3dc4e--st-geroge-san-jorgeLe légionnaire déloge manu militari le squatter de Libye : d’un méchant coup de lance dans le poitrail (il lui met son pilum dans le sternum comme on dit chez René Goscinnix) il l’envoie ad patres en étalant sa science des latines sentences par-dessus le silence de la bête crevée dont redouble d’un coup l’horrible pestilence.

- Veni, vidi, vici ! Vae victis ! In cauda venenum. Sic transit gloria mundi. Amen ! De profundis. (Je suis viendu, je t’a vu, j’t’a mis mon pied au cul, j’porte malheur aux vaincus, je suis comme un scorpion, j’ai du poison dans la queue et si Gloria Lasso a tué ses treize maris elle a fini un jour comme ça qu’elle a péri elle aussi. Mes propos ne sont pas très amènes mais ils ne manquent cependant pas de profondeur).

Puis, se tournant vers la populace :

- Et maintenant, amis, buvons ! (Nunc est bibendum, amici ! In vino veritas, Bonum vinum laetifiat cor homini ! Et vice-versa ! (La vérité est dans le vin, le bon vin réjouit le cœur de l’homme et lycée de Versailles : l’honnête homme a à cœur de boire du bon vin). Carpe diem et lapin noctem ! (Finis tes histoires en queue de poisson le jour et tu deviendras chaud lapin la nuit !).

Posté par Joe Krapov à 16:48 - - Commentaires [1] - Permalien [#]
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