28 janvier 2021

OIN-OIN SOLDAT

les soeurs mata-hari

Mataharivonne et Mataharithé, comme on les avait surnommés, c’étaient vraiment, quand ils faisaient leur numéro, les frangines en folie ! Qu’est-ce qu’on a pu se marrer, de leur temps, dans notre régiment ! Elles avaient dû l’avoir au sentiment, le sergent-major recruteur, parce qu’en général, dans la marine suisse, on n’accepte pas les travelos.

Quand elles quittaient l’uniforme pour mettre du beau linge, qu’elles rembourraient leur soutif pour faire croire qu’il y avait du beau monde au balcon, on avait beau savoir qu’il faut se méfier des contrefaçons, eh bien on y croyait. On n’avait jamais vu un jeu de folles pareil. Comment elles te dansaient le tango des oubliettes en lançant : « As-tu vu ma croupe, Suzette ? » ! Impayables !

Mataharivonne, la blonde éruptive, c’était l’effeuilleur le plus subtil qu’on ait jamais contemplé. De la prestidigitation, ses polissonneries !

Mataharithé, diaphane en diable, taille de croupière et bas résilles hyper-tendus pour encaisser des dollars à vau-l’eau, avait le valseur énigmatique et la chevelure rousse. Elle faisait plus encore sorcière que sa sister mais c’était une môme en or massif.

Après leur numéro d’à saute-jarretelles, ça partait sur les chapeaux de roues à l’auberge de Zelda la Douce. Faut dire qu’on avait une belle descente de cave, que la sienne était bien garnie et que l’Härdöpfeler local titrait bonbon. Après la tournée des cocottes, la tournée du patron, on n’y allait pas de main morte avec la voleuse de santé ! Envoyez la soudure, hissez le pavillon, descendez les litrons !

***

Sauf qu’après leur départ soudain, aux sœurs Mata-Hari, on s’est pris tout sur le paletot ! Un brin d’apocalypse et un discours fumace du lieutenant Droz nous sont tombés dessus. Le vieux pétait du feu par les naseaux.

Ces deux salops, enfin, ces salopes, avaient embarqué d’après lui les plans du sous-marin nucléaire !

Hou les vilaines ! Qu’elles se soient envolées avec les diams de la couronne, passe encore c’était de bonne guerre. Mais nos deux travestis, nous en sommes restés de tous nos sens interdits, c’étaient vraiment deux femmes !

- Bande de niais qui n’avez rien vu ! nous a balancé le lieutenant. Vous auriez dû vous douter, quand même ! Mataharivonne ça rime avec ?

- Espionne !

- Et Mataharithé ?

- Avec féminité !

- Voilà ! Vous auriez pu faire le lien avant ! Ca sert à quoi qu’on vous donne des cours de rap à röstis, hein ? Allez, enfourchez vos balais, vous êtes de corvée de chiottes ad vitam eternam !

Quelle connerie, la guerre !


Pondu pour l'Atelier d'écriture de Villejean du mardi 26 janvier 2021

d'après la consigne 2021-16 ci-dessous.

Posté par Joe Krapov à 22:44 - - Commentaires [5] - Permalien [#]
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