04 décembre 2020

ENTRE LES TROUS DE LA MÉMOIRE (1)

Appia 01 B Entre les trous de la mémoire

T’en souviens–tu, la Seine ? Ou plutôt vous en souvenez-vous, Madame la Seine, de mes virées le long de vos quais ?

Oui, je sais, c’est de l’histoire ancienne et ce n’est pas vous que je regardais. Je farfouillais dans les bacs verts des bouquinistes où je trouvais quelquefois, tel le pêcheur de perles, des trésors de papier.

C’est bizarre comme, avec les années qui cognent, mes dix ans à Paris sont devenus quelque chose de flou. J’étais à l’époque un drôle de petit bonhomme, discret comme un personnage de Sempé, qui allait écouter en concert des gens comme Higelin, Steve Hackett ou Neil Young, fréquentait assidûment le cinéma Olympic, le Studio 28 ou ceux du Quartier latin, lisait énormément et c’est sans doute chez Gilbert jeune, sur le boulevard Saint-Michel, que j’ai trouvé ce poster de Dominique Appia.

Billet de concert Neil Young 3-03-76

Il ne fut pas difficile d’ajouter une image aussi bizarre à mon mystère ambiant et à mon studio d’intello miteux. Pour une solitude comme la mienne la science-fiction, l’imaginaire, le rêve étaient le carburant dont j’avais besoin pour être bien dans ma fusée.

Je m’étonne, aujourd’hui que je suis devenu un dinosaure, de n’avoir jamais éprouvé d’inquiétude devant les tableaux d’Appia, de Magritte ou de Delvaux. Famille pour famille, les beaux enfants des peintres surréaliste m’ont accompagné pendant quarante-quatre saisons et si j’écrivais de la poésie douce-amère à l’époque, je n’ai jamais pensé qu’il fallait écrire pour ne pas mourir. J’avais la légèreté du flocon papillon et l’ai sans doute encore.

Le centre du motif, ce tas de livres qui brûle à même le plancher dans un appartement ouvert aux quatre vents ne m’a jamais semblé un symbole oppressant. La glaciation du temps à gauche, le buste de géant dans la pièce plus sombre et le miroir vide ne m’ont jamais mis le cœur à l’ombre. Je ne me suis jamais vraiment demandé ce que ça fera le jour où ça craquera. Peut-être que je suis au fond aussi inconsistant que les deux enfants du tableau qui n’ont ni ventre ni sexe et rêvent de prendre un bateau demain pour arriver à La Rochelle par la mer, de visiter les cathédrale de Gulliverte, d’entendre l’histoire des douze petits cochons ou de redresser la tour penchée de Pise.

Et pourtant, Madame la Seine, je ne suis pas qu’un rêveur Lennonien. J’ai toujours fait la vaisselle chez moi, toujours bossé sans à-coups et il aura fallu, pour qu’on m’apprivoise, qu’une sorcière comme les autres - ou pas ! - vienne me faire l’honneur d’une valse marine. On s’est connu, on s’est reconnu et on ne s’est pas séparés. J’ai suivi la femme du vent dans son pays bleu de western breton. L’éternelle histoire !

Voilà pourquoi je ne connais plus personne à Paris, à part vous. J’aurai tant de choses à vous dire si un jour je reviens mais si je ne parle pas ne vous inquiétez pas. Je sais que vous êtes une porteuse d’eau, que votre temps est précieux et que vous avez à faire par les champs inondés. L’Apollinaire enfant qui pleure sur le pont Mirabeau ou l’adepte de la java d’autre chose qui arrive avec ses « Me v’là ! J’ai une lettre ouverte pour Madame Elise LaSeine que c’est même pas grave si c’est Thérèse dans la vie en vrai», je comprends très bien que ça vous glisse dessus.

Pondu pour l'Atelier d'écriture de Villejean en ligne le vendredi 4 décembre 2020

d'après la consigne 2021-10 ci-dessous

Posté par Joe Krapov à 14:13 - - Commentaires [3] - Permalien [#]
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CONSIGNE D'ÉCRITURE 2021-10 DU 1er DÉCEMBRE 2020 A L'ATELIER DE VILLEJEAN

Chansons d'Anne Sylvestre

 

Cette grande dame vient de nous quitter ce jour. Elle laisse derrière elle des tonnes de chansons dont le moins qu'on puisse dire est que les radios et télévisions ne les ont pas largement diffusées et c'est grand dommage.

Nous jouons aujourd'hui avec une grosse centaine de titres de son répertoire. Il vous est demandé d'écrire un texte, sur le sujet de votre choix, dans lequel au moins cinq de ces titres seront insérés. Cinq n'étant pas limitatif.

Merci de joindre à votre envoi une ou deux illustrations que vous aurez trouvée(s) sur le web ou scannée(s) si libres de droits afin d'illustrer votre contribution.

Abel, Caïn, mon fils - Agressivement vôtre - Antoinette a peur du loup - Aveu - Bal des champignons - Baptiste - Berceuse aux petits vampires - Berceuse pour moi - Berceuse pour un ouragan - Bergère - Bleu - Ca va m'faire drôle - Carcasse - Ce merveilleux été - Ces bêtes-là - C'est un veau - C'était ce soir - Chanson dégagée - Chansonnette franco-québécoise - Chat c'est toi l'chat - Clémence en vacances - Coïncidences - Comme Higelin - Comme un personnage de Sempé - Comment je m'appelle - Dans la vie en vrai - Dans le brouillard d'automne - Dans ma fusée - Depuis l'temps que j'l'attends mon prince charmant - Des fleurs pour Gabrielle - Dis-moi Pauline - Douce maison - Douce-amère - Douze petits cochons - Ecrire pour ne pas mourir - Eléonore - Faites-moi plutôt la cour - Faites-nous des chansons - Famille pour famille - Fausse sortie - Flocon papillon - Flou - Frangines - Grand' mère - Grégoire ou Sébastien - Gulliverte - Histoire ancienne - Il me manquait une chanson - Il s'appelait Richard - J' suis un bas-bleu - J'ai de bonnes nouvelles - J'ai le coeur à l'ombre - J'ai une maison pleine de fenêtres - Java d'autre chose - Je cherche mon chemin - Je n'suis pas si bête - Je pense à Noël - Je suis un dinosaure - Je suis une vieille dame - Je te cherchais déjà - Jérémie - J'suis un bas bleu - La chambre d'or - La chanson de l'ortie - La douzième - La faute à Eve - La femme du vent - La payse - La peau de l'ours - La p'tite hirondelle - La Rochelle par la mer - La Romanée Conti - La rose de décembre - La rose des vents - La serpente - La vache engagée - La vaisselle - Lâchez-moi - L'année prochaine - L'autre et l'une - Lazare et Cécile - Le baromètre - Le centre du motif - Le géranium - Le jour où ça craquera - Le pauvre pierre - Le pêcheur de perles - Le petit maçon - Le western - L'enfant qui pleure - Les amours de l'été - Les années qui cognent - Les beaux enfants - Les blondes - Les cathédrales - Les gens qui doutent - Les pierres dans mon jardin - Les punaises - L'éternelle histoire - Lettre anonyme à Jules - Lettre ouverte à Elise - L'histoire de Jeanne-Marie - L'honneur - Lonlère - Madame ma voisine - Maman elle est pas si bien qu'ça - Marie - Marie géographie - Mariette et Françoise - Marine - Maryvonne - Maumariée - Me v'la - Même pas un coup de coeur - Merci, oh merci - Mes sabots de bois - Moire et satin - Mon grand-père Louis - Mon mari est parti - Mon mystère - Mon vélo est blanc - Mousse - Non tu n'as pas de nom - Oh ! Les nuages - Oiseaux - On s'est connu - Par les champs inondés - Partie simple - Pas difficile - Pas encore pas déjà - Petit bonhomme - Philomène - Plate prière - Plus personne à Paris - Porteuse d'eau - Portraits de mes aïeules - Pour qu'on m'apprivoise - Pour une petite chanteuse - Pour une solitude - Priez pour la Terre - Quand on dansait la vie en rose - Quatre saisons - Que vous êtes beaux - Regrets d'une punaise - Rien qu'une fois faire des vagues - Ronde madeleine - Rose - Si je ne parle pas - Si la pluie te mouille - Si le renard tousse - S'il fallait faire la guerre - S'ils filent tous dans la lune - Sur un fil - Tant de choses à vous dire - T'en souviens-tu, la Seine - Thérèse - Tiens-toi droit - Très gentille et désespérée - Trop tard pour être une star - Tu es la terre - Un bateau mais demain - Un coeur sur les bras - Un mur pour pleurer - Une chanson grise en do - Une dame de Dijon - Une sorcière comme les autres - Valse-marine - V'la l'printemps gnan gnan - Vous m'avez tant aimée - Xavier.