AEV 1920-04 bégum

Je ne sais pas qui c’est, la Bégum. Elle fait très mal sa com. Mais si c’est une femme et qu’elle porte des bas Dim et de la lingerie Princesse Tam-Tam, je veux bien l’épouser, la Bégum ! Mon pote Jules Verne m’a dit qu’elle possédait cinq cent millions. C’est une sacrée somme !

Souvent, comme ça, je me fais des films dans mon wigwam. Je deviens le rappeur Eminem, je tourne dans un péplum de Tim Burton avec Kim Basinger. Dans son nombril elle a un diam et nous buvons du champagne Momm par magnums entiers à même ses escarpins Eram. Je lui parlerais bien de condom et de lingam et je m’allume le feu rien qu’à l’idée de son yoni mais sa seule envie à elle c’est de jouer au tangram en bouffant des loukoums. Pas question que je sois son chum, même par intérim !

Je mets tout ça sur le papier. Mon wigwam est un scriptorium. Quand je serai grand je serai un écrivain de renom, je ferai de ces notes des romans fleuves, des slams, des poèmes, des pantoums, je serai plus connu que l’auteur de « Millenium » dont j’ai hélas oublié le nom. C’est mon American dream à moi, petit papoose scribouilleur né au pays de l’oncle Sam. Encore que pour nous, les Amérindiens, ce blanc-là est plus tabou que nos totems. Dans leur album de famille les yankees ont certes les pom-pom girls, le LEM lunaire et le nain Atchoum mais ils ont aussi la guerre du Vietnam avec ses flots de napalm et, auparavant, l’extermination de mes ancêtres. Sont pas toujours très glams, les rois du bubble-gum mais bon c’est comme partout depuis le père Adam jusqu’à Jim Morrison, l’histoire des pays c’est souvent un showroom de coups dans le sternum, de coups de pieds au rectum, de Pim ! de Pam ! de Poum ! et Pan sur l’astronome : un maximum de gym sous la toile du barnum et nous idem on a morflé comme dit Wilfredo Lam – c’est notre grand sachem, il ressemble au golem et il fume au chillom autre chose que du thym –.

L’écriture est mon opium. Mes voyages avec elle, c’est un summum. Hier encore j’étais à Paname. Je roulais en tandem, avec Edith, la Môme, la petite en robe noire. Elle chante « Padam, padam » et moi je bois le rhum. Elle m’a emmené rue d’Ulm à l’heure de miam-miam. On a mangé des nems chez un natif du Siam et puis on a fini de chanter Carpe diem dans le harem pas triste d’un joueur de cymbalum qui venait des DOM-TOMs. Il y avait un hammam et des jéroboams dans cette vieille surboum d’avant Mathusalem. Au grand dam de l’Histoire et de la presse people il n’y avait pas de webcam encore moins de CD-rom pour fixer cette orgie de schnouf à l’aspartam à l’issue de laquelle Edith a expiré dans mes bras en même temps que Jean Cocteau dans ceux de Jean Marais.

Je leur ai chantonné un petit requiem. On les a emmenés jusqu’au funérarium puis au crématorium puis au columbarium et le lendemain matin de ces hauts et ces bas, j’ai filé au Bourget – j’aime les aérodromes – j’ai pris un vol de la Panam en direction de Rotterdam ou d’Amsterdam ou de Stockholm, je ne sais plus, mon verbatim est imprécis. C’est qu’à ce moment-là j’ai arrêté d’écrire vu qu’il y a ma mother qu’est entrée dans l’ wigwam où c’ qu’on entendait «Boum», la chanson de Trénet, sur ma chaîne stéréo.

- C’est quoi ce bordel, Jean-Hicham ? T’es quand même un drôle de quidam ! Tu vas m’arrêter ce ramdam, et ramasser tes criteriums et tes papiers chargés de notes. Range-moi tout ce capharnaüm et viens te mettre à table, on mange ! ».

Je ne sais pas pour vous mais moi les parents trop directifs, j’en ai ras le duodenum ! Viv’ment que j’ rencontre la Bégum !

AEV 1920-04 tribu-terrible

La série "La Tribu terrible" de Gordon Bess a été diffusée
dans l'hebdomadaire franco-belge de bande dessinée Tintin de 1969 à 1990.



Pondu à l'Atelier d'écriture de Villejean le mardi 1er octobre 2019
d'après la consigne ci-dessous.