25 septembre 2019

CINQ ANAGRAMMES A QUATRE MAINS

N 85-27 Salzburg II 11Ame de Salzburg, l’été, indicible, intouchable, imperceptible à l’imperméable que j’étais en 1985 !

Le passage en Autriche s’est effectué à l’issue d’un périple foldingue dans une Tchécoslovaquie encore communiste à l’époque. Nous y avions erré sans planification quinquennale ni préalable de nos lieux de séjour. Nous étions allés de camping improbable avec feu de camp collectif à deux mètres de votre toile de tente en camping avec taxe de luxe, comme au Monopoly, pour les étrangers en passant par pas de camping du tout, une nuit en pleine campagne à dormir à trois dans une Fiat Panda !

Lorsque nous sommes arrivés dans ce camping autrichien en bordure d’un très beau lac, le gérant allait fermer ses portes. On s’est inscrits en vitesse et on est allés se baigner. Je me souviens très bien de la fête de la bière qui a suivi de l’autre côté du lac, du feu d’artifice et du rangement des chaises métalliques à quatre heures du matin.

De Salzburg j’ai gardé souvenir d’enseignes surchargées, hélas photographiées en noir et blanc. Nous avons croisé Simone Weil et surtout nous n’avons même pas cherché à voir le Mozarts Geburtshaus, La maison natale du petit génie Wolfgang Amadeus. C’est que je préférais alors Vivaldi et les Beatles. Il aura fallu que je voie « Amadeus », le film de Milos Forman, un Tchèque sans provisions, pour que je me mette à apprécier la reine de la nuit, le concerto pour clarinette, le requiem, bref, le beau legs de Mozart.

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Isaure 1024

La vie en rose, à part dans sa belle robe d’anniversaire, celle avec laquelle elle a posé pour le tableau peint par son oncle Eugène Amaury-Duval et conservé au Musée des Beaux-Arts de Rennes…la vie en rose, la vie heureuse, la vie joyeuse, Isaure Chassériau ne l’aura pas connue.

Est-ce son père, Adolphe Chassériau, le libraire-éditeur aux expériences foireuses qui lui a donné l’exemple d’une vie triste ? Je crois me souvenir qu’il a fini par s’exiler en Amérique du Sud et qu’il y est mort jeune, laissant la maman d’Isaure, Emma-Antigone Duval, veuve, parisienne et salonnarde, vivre de leçons de piano, de confection de sacs et bijoux et surtout d’un remariage réussi avec un député vendéen, M. Guyet-Desfontaines.

Le mariage d’Isaure Chassériau avec un militaire devenu percepteur, Alfred de Brayer, fut un réel échec. Les jeunes gens ne s’entendirent pas, ils se séparèrent et Isaure la neurasthénique abandonna sa vallée de larmes à l’âge de 35 ans.

Toute cette somme d’informations perdues, toute cette histoire parallèle ou perpendiculaire à la ville de Rennes dont tout le monde se fiche éperdument aujourd’hui, Joe Krapov et moi-même nous demandons parfois si on ne l’a pas inventée, si cette existence fut réelle ou si on l’a rêvée.

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1909225 Le bateau ivre cover

« Le Bateau ivre », moi, je n’ose plus le lire, ce texte !

Je connais deux personnes à Rennes qui savent ce poème par cœur et, je dois l’avouer, elles me font peur toutes les deux. Il faut, pour apprendre ce truc, être à mon humble avis aussi fou que l’auteur, ce jeune provincial fugueur de seize ans monté à Paris pour le réciter devant un cénacle de poètes ébahis qu’il ne mit pas longtemps à agresser de sa folie de punk à chien sans chien des Ardennes. Oui, c’est ça, Jean-Nicolas-Arthur Rimbaud !

Et pourtant ce n’est pas l’envie qui me manque de l’enregistrer à mon tour. Oui, derrière Gérard Philipe, derrière Léo Ferré. Tout est possible, tout est réalisable et sur ma chaîne Youtube la vidéo postée r moi qui a le plus de succès est une interprétation déglinguée de « La Patrouille des éléphants » extraite du « Livre de la Jungle » de Walt Disney.

Autant dire que je ne risque rien à le faire sinon à m’effrayer moi-même d’avoir osé toucher du doigt et de la voix cette beauté virale.

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Serge Gainsbourg ! On pourrait dire aussi, à la façon du dictionnaire : Gainsbarre, Serge : provocateur des années soixante à quatre-vingts du XXe siècle qui a fait fortune en vendant de la chansonnette en art mineur, alors que toute sa vie, à l’instar de Ludwig Van Beethoven, il a cru qu’il faisait de la peinture.

Mais pas la peine de se prendre la tête de chou à propos de cet homme-là, de son « soixante-neuf année érotique », de sa « Marseillaise » en reggae, de son « Je t’aime moi non plus », de son roman « Evguénie Sokolov », de sa façon de brûler un billet de cinq cents francs devant les caméras de la télévision ou du fait de filmer des petites filles toutes nues qui courent sur une plage pour illustrer un clip de Renaud.

On connaît moins le cinéaste qui a transposé dans « Equateur » avec Francis Huster le roman le coup de lune de Georges Simenon.

Et moi je l’aime bien pour ça, pour sa « Javanaise », pour son « Accordéon », pour son « En relisant ta lettre », pour sa couleur café pour ses petits papiers et même ses sucettes à l’anis, sa poupée de cire, sa poupée de son, sa situation sous le soleil exactement. Bien plus pour ses chansons que pour ses provocations notoires ou ses grabuges ignorés.
 

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190925 Solesmes aquarelle IP Krapov 114238838_o

Le chant des sirènes monte dans le jour. C’est le premier mercredi du mois et il est midi.

Mais pourquoi ne les entends-je pas ? Pourquoi ne les entends-je plus ? Non seulement je suis attaché au mât du navire Terre en grande perdition pour cause de réchauffement climatique, de populisme et de guerres larvées ou déclarées à tous les étages mais en plus je deviens dur de la branche, sourd comme un pot, malentendant comme un Tryphon dans un champ de tournesols appartenant à M. Van Gogh ?

Le chant des sirènes monte dans le jour. En février prochain François-Ulysse en prendra pour son grade et ça bardera pour Pénélope !

Je ferai une croix sur une partie de mon odyssée. On couchera le roi de Sabolie et j’abandonnerai dans un coin de ma mémoire ces jolis paysages de la Sarthe avec l’abbaye de Solesmes, les pénichettes et les barques amarrées devant dont j’aimais tant les tendres chaînes.

 

Pondu à l'Atelier d'écriture de Villejean le mardi 24 septembre 2019
d'après la consigne ci-dessous


CONSIGNE D'ÉCRITURE 1920-03 DU 24 SEPTEMBRE 2019 A L'ATELIER DE VILLEJEAN A RENNES

190925 Anagrammes à quatre mainsAnagrammes à quatre mains

 

 La formule écrite dans la colonne de droite des tableaux suivants est une anagramme de la formule écrite dans la colonne de gauche. Dans le livre de Karol Beffa et Jacques Perry-Salkow un petit texte d’une quinzaine de lignes relie la formulation 1 ( à gauche) qui sert donc d’incipit au texte à la proposition 2 qui termine le texte (excipit). 

A vous d’en faire autant, entre trois et cinq, sachant que toutes les dix minutes les tableaux vont tourner et que vous pourrez faire votre choix dans le même panel que vos voisin.e.s (mais pas dans le même ordre).


Le tango est une pensée triste qui se danse Poètes en quête d’argentines sensualités
Boléro de Ravel Rodéo verbal
Les Fables de la Fontaine La fin des nobles à la fête
Esprit de la valse Le vert des palais
Ame de Salzbourg l’été Le beau legs de Mozart
La Reine de la nuit La traîne en deuil
Nathalie Dessay Ayant des ailes
Art de la fugue et feu du Graal
Alice au pays des merveilles Le lièvre au pays des malices

René Magritte mer et granite
La musique souvent me prend comme une mer Un murmure comme le vaste monde qui pense
Le bateau ivre Beauté virale
Tristan et Iseult Triste est la nuit
La lettre à Elise  Et elle serait là
Le poinçonneur des lilas Spleen du rail inconsolé
Le tango argentin Gant noir et élégant
Le créateur est un archer qui tire dans le noir (Gustav Mahler) On lut ici : rien sur terre que le hasard ne créât
Do ré mi fa sol la si Mois floral d’Asie

Les touches noires Les notes riches
Le trio Oscar Peterson Piano très, très coloré
Le pianiste Bill Evans Sa planète, l’invisible
Le pierrot lunaire Et il pleurera noir
La vie en rose Si on l’a rêvée
La danse macabre calme sarabande
La vie sans musique est tout simplement une erreur, une fatigue, un exil (Nietzsche) Une lettre, une missive qu’un ermite, un fou lumineux laisse à Peter Gast
Les années Sand et Chopin Plein d’essences à Nohant
Prélude à l’après-midi d’un faune Un parfum de paradis endeuillé

La charmeuse de serpent Pesante chaleur des mers
Des pas sur la neige  usager des plaines
Marche turque charme truqué
Carmen et Don José J’ose te condamner
Serge Gainsbourg grabuges ignorés
Le cabaret du moulin rouge Et la goulue, ce brin d’amour
Danse du ventre  versant de dune
Soirée dans grenade (Debussy) Sérénade grandiose
Esprit de la valse Le svelte paradis

La belle au bois dormant mouillant sa robe de bal
Saint-Germain des Prés Paris, destins en marges
Les moulins de mon cœur comme son roulis de lune
Le bal masqué Quelle samba
Le chant des sirènes Les tendres chaînes
Brel, ne me quitte pas Le temps qui t’a berné
Que reste-t-il de nos amours Très romanesque solitude
L’amour est un oiseau rebelle Sous l’aile une ombre le tuera
La Scala de Milan Demain La Callas

 

Posté par Joe Krapov à 10:42 - - Commentaires [7] - Permalien [#]
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