08 octobre 2017

DE RIMBAINE À VERLAUD. 2, ENGUIRLANDER

M. Arthur Rimbaine
Agence d’exploration de villes extraordinaires
et d’us et coutumes à mettre dans les annales
8, quai Arthur Rimbaud
08000 Charleville-Mézières

Monsieur Paul Verlaud
Société de géographie des Maladives et du Miraginaire
73, rue Sonneleur
62812 Vent-Mauvais

Charleville, le 5 octobre 2017

 

                                  Mon cher Paul

C’est incroyable comme je me suis fait enguirlander en arrivant dans le petit village de Ténadoque-sur-Couesnon ! Il faut dire cependant que le nom d’oiseau, le langage fleuri et l’invective généreuse constituent l’industrie principale de cette commune de la Manche très inventive et sympathique au demeurant comme à celui qui n’y reste pas.

A la descente du bus de charmantes autochtones en pagnes bariolés – des motifs de voyelles colorées, si je me souviens bien – la poitrine presque dénudée – on dit aussi «topless» mais ce mot est tabou ici – et des fleurs sur l’oreille vous mettent autour du cou, en guise de guirlande et de bienvenue, des chapelets d’injures. Il s’agit de petites lettres de plastique rattachées perpendiculairement à un grand cordon de l’Ordre de Stone et Charden, «made in» Normandie lui aussi.

 

IL 171002 Ténadoque

Cela vous est offert de bon cœur, sans arrière-pensée, sans animosité et sort tout droit de la recyclerie locale, «La Ténadoquerie du cœur» où l’on peut s’en procurer d’autres bien plus fournis ainsi que des tombereaux entiers mais, bien évidemment, il faut y mettre le prix.

A titre d’exemple de leur imagination sans limites, voici les mots qui figurent sur celle que j’ai achetée à votre intention :

«Hygiaphone ! Croquemoufle ! Hobereau ! Habitant d’Ubac ! Jobastre Sartrien ! Hypocondriaque ! Goinfre de Padirac ! Gramophone du bide ! Xylophage ! Rubicond mal affranchi ! Serpolet ! Serre-Paulette ! Mellotron ! Balladurien ! Krasuckiste ! Yaka Yakapa ! Zarzueliste ! Doryphore de café ! Fripouille des Pouilles ! Draisienne ! Roubaisienne ! Castor vénitien ! Loutre qui danse ! Va comme je te pousse ! Dupois l’ajonc ! Phonographe ! Bistouri à moquette ! Bouillon de Rubik’s cube ! Sarrasin zinzin ! Semoule de blé dur ! Castafiore bazooka ! Thermomètre anal ! Pousse-mes-gueux ! nez de beau ! Abyssynique ! Fait de néant ! Sexe-traîne ! Peine à fouir ! Fourragère ! Rodomont ! Cambouis de cambuse ! Cancrelat de vivre ! Saltimbanque !»

J’ai interrogé pour vous le directeur de cette usine à gros mots :

- En ces temps de globishalisation bisounoursienne où les seuls écarts de langage sont du style «What the fuck ?», «triple buzz» et «jokes» en bande organisée sur ou devant un plateau de télé, je trouve qu’il est bon de recourir au vocabulaire toujours surprenant de notre bonne vieille langue française. Cela nous permet à nouveau de tirer la langue dans tous les sens, d’enguirlander sévère les animateurs de bavasseries télévisuelles ou radiophoniques (talk-shows), les monomaniaques bouffeurs de séries (addicts), les américanophiles par principe, les perfidalbionistes, les Rastapopulistes, les City Schön Ken, les néo-Thatchériens de l’anti-Jeanned’arquerie primaire, les Rossini-ni du tourne-dos, les pisseurs à l’arrêt, les faux Monzami, les petits fats, les harengs soles, les missi dominici, bref toute la gamme des brouilleurs d’écoute que vous savez ! J’en passe et des Shakespires !

M. Archibald O’Florine qui a des ascendances mi-écossaises, mi-scandinaves a tenu à préciser, en montrant ma guirlande :

- Nous autres, Normands, nous sommes francs du collier ! Nos équipes utilisent pour fabriquer les insultes nouvelles des termes pas si anciens que ça mais tombés en désuétude à cause de la modernité galopante et de son lot dément et démultiplicateur d’obsolescence programmée de nos vies, de nos langues et de nos us et coutumes. La civilisation moderne est un étouffoir d’empoigne. Si on ne s’enguirlande plus, si on ne se coltine pas la réalité de l’autre, si on n’échange plus, si on ne se parle plus, si on ne s’affronte plus sur l’échiquier des mots que bien à l’abri derrière un écran, on finit par se tirer dessus dans la rue. Il vaut mieux vider sa maquerelle avant de la faire cuire sinon ça va sentir l’étripage au salon !

- C’est vrai, lui ai-je répondu. Le jeunisme, ça va bien cinq minutes, après il faut rentrer dans le rang et dans le chou sinon on n’existe plus ! Merci aux Ténadoquiens d’avoir réveillé en nous l’insultanat dormant !

Je vous joins, mon cher Paul, la facture de cette exploration. J’espère que vous ne vous fâcherez pas, cher vieux coquin à jambe de bois, si je vous traite, «ténadoctement» mais gentiment, d’Unijambiste du Zambèze !

Si vous avez une autre mission d’exploration à me confier, n’hésitez pas à me joindre où vous savez.

Bien amicalement

Arthur R.

 

Ecrit pour les Impromptus littéraires du 2 octobre 2017 d'après cette consigne


AU PIED DE LA LETTRE AU BARBU

C’est dingue comment on m’a enguirlandé !

Sûr, avec tout ce qu’on m’a mis sur la gueule, j’étais habillé pour l’hiver !

Y’a de quoi vous foutre les boules, quand même !

Je le savais bien qu’à l’approche de cette date il y avait de l’électricité dans l’air mais bon, j’en ai pris tellement plein les mirettes que je clignote de partout. Trente-six-chandelles, j’ai vu !

Mais ça va, ils se sont calmés.

Il y a juste les mômes qui me chantent sans cesse des stupidités à propos de Blois et Guéret qui ne serait plus dans la Creuse à cause des découpages administr’hâtifs de la dinde et du loir. Je ne comprends pas trop ce qu’ils veulent dire par-là. Heureusement la mère les met au lit tôt, ça me retire une belle épine du pied.

Mais bon, je n’aime pas être maquillé comme ça, on dirait une drag-queen sur un char de la techno-parade. Et vas-y que je te me montre à tout le monde et vas-y qu'on dit que je suis beau et il paraît qu’ils attendent plein d’autres visiteurs bientôt. Tu parles d'un cadeau !

Je crois qu’après le 25 je vais me tailler de cette crèche. En bûchettes. Ma cohabitation avec la famille Dugenou ne va pas faire long feu, je vous le dis. Je ne sais pas si vous percevez l’odeur mais… ça sent furieusement le sapin !

 

161227 265 009 

Ecrit pour les Impromptus littéraires du 2 octobre 2017 d'après cette consigne

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L'AMOUR C'EST COMME LES MELONS

L’amour c’est comme les melons :
On vous kiffe ou pas, c’est selon ;
On vous sniffe ou pas c’est selon.

On met son nez contre le nez de l’esquimaude
Et si l’aRÔME ERRE et taraude
Alors on passe la nuit chez Maud.

AEV 1718-03 Ma nuit chez Maud

 

Pondu à l'Atelier d'écriture de Villejean le mardi 26 septembre 2017
d'après cette consigne

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