22 septembre 2017

(MANUS-) CRI DU (MOT-) COEUR!

Dans le noir d’un tiroir un manuscrit attendait anxieusement le résultat de son test de grossesse. Serait-il relié ou broché ? Cette question le tourmentait.

Car ce n’est pas le tout d’être et de se savoir génial. Il faut aussi passer par un stade de reconnaissance. Il faut que quelqu’un d’autre, après l’auteur, vous lise, vous apprécie, ce qui pousse votre géniteur à contacter un éditeur. Il faut aussi que celui-ci soit convaincu non seulement de la valeur littéraire du texte mais encore de sa valeur marchande.

C’est pourquoi « La Chasse spirituelle » - c’était le nom du manuscrit – s’inquiétait de rester là aussi longtemps dans le noir de ce tiroir-purgatoire. On n’était même pas chez Arthur mais chez Paul, son pote et quand on dit « son pote » il faudrait plutôt préciser qu’on était chez les beaux-parents de son pote, le père et la mère Mauté de Fleurville, les parents de la maudite Mathilde, la souris, la fée Carotte, la punaise comme Paulo l’a appelée dans un billet qu’il a fait parvenir récemment à sa jeune épouse.

Ca n’est pas très délicat. Et ça n’est pas très sérieux car dans son dernier courrier il réclame qu’on lui renvoie à Bruxelles ses effets personnels, le manuscrit de Rimbaud et « les lettres qui en font partie ».

Qui en font partie ? Mon cul, si on peut dire ! Si un manuscrit peut dire ça ! Du fait de leur entassement dans la même chemise, pas très propre, du reste, le manuscrit sait bien ce qu’il y a dans les lettres. Si elles tombent entre les mains du beau-père, c’en est fait du mariage. Y’a d’la rumba dans l’air et de la séparation de corps dans l’décor !

Il y a là-dedans de quoi refaire le procès des « Fleurs du mal ». Toutes les preuves des mauvaises mœurs de ces messieurs les poètes vont ravir les défenseurs plutôt fripouilles de la morale traditionnelle et de «Une famille c’est un papa + une maman».

Et de fait, lorsque Mathilde les découvre, les missives, la jeune épouse se jure cette fois-ci que tout est bien fini.

AEV 1718-02 chasse spirituelle

Que devient «La Chasse spirituelle», le manuscrit d’Arthur Rimbaud ? Il disparaît! Mais on le voit réapparaître, enfin édité, au Mercure de France, s’il vous plaît, en 1949, soit plus de soixante-dix ans après.

Relié ! Broché ! Préfacé par Pascal Pia ! Encensé par la presse !

Mais, car il y a un mais, ô scandale, semelles de vents et scandalettes, il s’avère qu’il s’agit d’un faux ! L’engouement pour la poésie, la bibliophilie et surtout pour Rimbaud est devenu tel qu’à part André Breton personne ne veut croire qu’il s’agit d’un canular pondu par deux théâtreux.

Ah il est bienheureux, le faux manuscrit ! « La vie est une farce à mener par tous », a écrit Rimbaud. Et les deux comédiens ont réussi leur coup. Après reconnaissance de la mystification, la maison d’édition retire le livre de son catalogue. Les exemplaires déjà vendus valent aujourd’hui une fortune sur E-bay ou dans les salles de vente.

Oui mais… le vrai manuscrit ? Celui du début ?

Il semble que la maudite Mathilde ait mis le feu au test de grossesse et jeté le bébé avec l’eau du bain.

Les vrais Rimbaldiens ont fait une croix dessus. Tout comme Rimbaud a terminé sa vie en faisant du trafic d’armes, ils ont changé leur fusil d’épaule. Ils sont tous au Harar et ils creusent. Ils retournent tout. Ils cherchent dans le sol les bras de la Vénus de Milo.

Pondu à l'Atelier d'écriture de Villejean le mardi 19 septembre 2017 

d'après la proposition  d'écriture n° 354 de Pascal Perrat
 


qu'on ne remerciera jamais assez de pondre pareils incipits !

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LE TEMPS DÉRÉGLÉ

Subitement le temps s’était déréglé. Il ne pleuvait plus des cordes mais des escaliers. Toutes sortes d’échelles et de rampes d’accès. Les croyants y voyaient un signe, les athées tentaient de démystifier le phénomène.

Ils étaient tous d’accord cependant sur un point, c’est qu’il était désormais impossible de sortir les jours de pluie. Quand on se prend trente-neuf marches sur le coin de la gueule, c’est assez hitchcockien comme situation !

Tout le monde tremblait de terreur devant l’échelle de Richter lorsqu’elle descendait du ciel !

Sans parler des spécificités locales. En Bourgogne, finis, les escargots. Il ne pleuvait plus que des escaliers en colimaçon.

Si encore, après la bataille – on appelait désormais ainsi les précipitations et on avait hâte qu’elles soient terminées – les escaliers, rampes ou échelles menaient quelque part ! Mais non !

AEV 1718-02 échelle (JP)

Des audacieux, des téméraires avaient entrepris, le soleil revenu, de gravir les marches, de les escalader. Tous ces maîtres du barreau étaient vite redescendus ! Aucun qui menât au septième ciel ou chez des haricots géants.

Il y en avait un, en Normandie qu’on avait étudié en long et en large. En hauteur, en fait. Il comportait 365 marches, 52 fenêtres flottantes de type windows 10 et 12 paliers qui ne palliaient pas le problème posé par ces chutes d’escalier. Quand on arrivait au sommet on avait la tête dans les nuages alors on se sentait cotonneux, on comptait les moutons, on s’endormait, on titubait, on dévalait l’escalier et on se retrouvait en bas couvert de contusions et de confusion.

En haut des échelles on trouvait des toits. Les plus hardis posaient le pied sur cet atoll ondulé mais parfois l’échelle tombait. De là-haut ils faisaient signe aux passants, aux avions. Tout le monde répondait « coucou », surtout les vieux avions, croyant qu’ils agitaient la main juste pour dire bonjour. Certains sont morts de faim là-haut dans cette canopée où il n’y avait ni canapés ni petits fours.

Tout ce phénomène s’arrêta cependant un jour que l’on dira béni. Lorsqu’une grande échelle de pompiers réussit à trouver sur son chemin la femme de Gargantua, Badebec, elle s’accrocha à son mollet entraînant tous les autres à sa suite.

- Zut mon bas a filé ! s’exclama Madame Gargantua en constatant l’échelle.

Je m’aperçus alors que je m’étais donné un quart d’heure pour répondre à cette consigne et qu’il avait filé lui aussi. J’en fus bien content.


Pondu à l'Atelier d'écriture de Villejean le mardi 19 septembre 2017

d'après la proposition  d'écriture n° 351 de Pascal Perrat


qu'on ne remerciera jamais assez de pondre pareils incipits !

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20 septembre 2017

Randonnée de Pourville à Varengeville (Seine-Maritime) le 23 août 2017 (1)

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Dieu et Marina B. savent bien que je n'ai absolument pas à me poser en arbitre des élégances mais franchement, le short jaune et les chaussettes bleues, je n'aurais jamais osé !

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Randonnée de Pourville à Varengeville (Seine-Maritime) le 23 août 2017 (2)

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Qu'est-ce qu'il a, mon sac à dos ? D'un seul coup le voilà qui brûle mon épaule !

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Même pas trafiqué ! Si tu bois trop de pastis, tu pâtis !
Pas vrai, M'sieu Séchan ?

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Randonnée de Pourville à Varengeville (Seine-Maritime) le 23 août 2017 (3)

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Ce panneau a été planté par William Shakspeare ;-)

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A mi-chemin entre Pourville et Varengeville, le GR redescend sur la plage d'Ailly, faille-entaille entre deux grands pans de falaise.

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Randonnée de Pourville à Varengeville (Seine-Maritime) le 23 août 2017 (4)

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Arrête de ramer, Joe Krapov, t'attaques la falaise !

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19 septembre 2017

VOLEUR DE FEU !

Ô Temps, suspends ton vol 
Et cesse tes larcins !

Rends sa jambe à Rimbaud,
Son épouse à Verlaine,
Son ouïe à Smetana,
Elise à Beethoven
Et ses lettres au facteur à cheval !

Ô Temps, suspends ton vol !

Il est aussi gracieux que celui du nandou :
Comme un avion sans ailes,
Au ras des pâquerettes,
L’oiseau ne vole pas
Mais court en zigzaguant
Dans l’herbe des pampas.

IL 170918 nandou

Ô Temps, suspends ton vol
Et prends un peu du champ !

Fais de ce Marcel-là un champion des échecs !

IL 170918 Duchamp échecs

Détourne-le de mettre à nu
La mariée qu’il trouve trop belle
Par des célibaterrifiants
Et son urinoir au musée !

Trop de thuriféraires de l’art contemporain,
Trop d’hystériques du concept
L’ont suivi et polluent, tristes, nos paysages.

Ô Temps, suspends ton vol 
Pose-toi au tarmac !

Dessine des moutons aux princes de papier !

Laisse l’avenir en biplan !

Restitue ce que nous avions
Et aimions.

Laisse-nous vivre entre parents
Le reste de nos empennâges !

Fais-nous renaître Pompéi
Et recolle des bras aux Vénus de Milo !

Rends-nous Pierre Desproges et Coluche,
John Lennon et Léon Zitrone !

O Tôle, suspends ton vent
Et emmène Lamartine à la plage !

IL 170918 Lamartine réduit

Ecrit pour les Impromptus littéraires du 18 septembre 2017 d'après cette consigne

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18 septembre 2017

Le feu d'artifice du 13 juillet 2017 à Charleville-Mézières (Ardennes) (1)

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Aux forêts d’Ardennes,
Pour les soifs absolutistes,
Aucune oasis

170713 265 058

Feu de poésie, 
Envoie, dans le ciel des nuits,
Des rêves en fleur !

170713 265 064

Dans les herbes folles,
Tombé du ciel cette nuit,
Un fouillis d’étoiles

170713 265 068

Comme au fond des mers
Poissons, rouges, rassemblés,
Nous voilà perdus.

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Le feu d'artifice du 13 juillet 2017 à Charleville-Mézières (Ardennes) (2)

170713 265 074

Combien de lumières,
De traits de ce fin pinceau
Pour peindre la nuit ?

170713 Nikon 120

Tout tordus de rire
De nos soleils éphémères :
Les Dieux dans le ciel.

170713 265 075

Tremble, feux éteints,
Rimbaud ! Verlaine en pétard
Sort le sien et tire !

170713 Nikon 125

Imiter l’étoile :
Se dandiner sur sa pointe,
Hérissé de Nuit.

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Le feu d'artifice du 13 juillet 2017 à Charleville-Mézières (Ardennes) (3)

170713 Nikon 134

Tendre au Mont Olympe
L’impudence des humains :
Le feu en couronne

170713 Nikon 140

Les sphères célestes,
Au désert, tu ne vois qu’elles !
Illuminations !

170713 Nikon 141

Fumerolles rouges :
Aux danseurs, sur les volcans,
Le vent les essaime

170713 Nikon 164

Flamboiement de ciel
Sur vie terminée trop vite,
Genou enflammé. 

170713 Nikon 175

Griffure, biffure
Par-dessus toute écriture :
Comme au palimpseste !

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