Nous vivions sur un trait, bien centrés en haut de la page. On était les deux U, un A, un E et Hélène M. qui faisait notre pub sur son FB.

Petit à petit on avançait. Notre union faisait des envieux. Tout le monde nous regardait émerveillé. On était à deux doigts de tutoyer les étoiles.

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Le trait était d’acier solide. Il courait du bord gauche au bord droit de la feuille. Il fallait juste ne pas tenir compte de la hauteur : on était quand même à plus de 25 centimètres du sol. Bien sûr, pour vous ça ne semble rien mais pour nous c’est quand même cinquante fois notre hauteur.

Le seul problème qu’on avait c’était ce balancier qui changeait tout le temps. Mon père m’avait mis les points sur les i : « Un i à chaque bout et tiens bien le mot en son milieu ! ».

Quand on a eu « interverti », je me suis bien agrippé au R et au V.

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Avec Iphigénie, c’était plus difficile : j’ai pris le balancier par la queue du G mais ça penchait à gauche à cause du poids de la majuscule. J’ai donné un coup dans l’L avec N et ça a rétabli la situation.

Avec « Ouistiti », Illogisme » et « Mississippi » on tenait encore la route.

Mais quand le balancier est devenu « Icare » puis « Vertige » il y a eu du tangage. On a dû se raccrocher à l’ « Inaccessible ». Aussi bizarre que ça puisse paraître ça nous a stabilisés pour un temps.

Ensuite le scénariste-démiurge a bien triché : le balancier s’est transformé en « spaghetti », en « canelloni », puis en « déséquilibre » et enfin en « dégringolade ». Fatalement, on a perdu les points des i, on a basculé dans le vide et on s’est écrasés au sol.

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Là on s’est regroupés. B était tout écrasé, les U s’étaient fait mal au cul et le M était tout tordu. Avec ce qui nous restait de voix on a crié : « Au secours ! Pompiers ! Ambulance ! A l’aide ! A lettres ! Un FUNAMBULE à la ramasse ! ».

Mais on était au bas de la page. Il n’y avait absolument personne dans les parages à part un tout petit numéro qui n’était même pas de cirque.

On a crié encore : « On veut remonter là-haut ! ».

On a crié, crié, pleuré. Mais je n’ai rien vu venir.

Pondu à l'Atelier d'écriture de Villejean le 4 avril 2017
d'après la consigne n° 327 de Pascal Perrat