Chaque année, à la veille de Noël, elle se rendait dans une bibliothèque pour glisser un petit mot entre les pages d’un ouvrage qu’elle choisissait soigneusement. Son intention était claire.

« S’il vous plait, venez me délivrer de ce quotidien solitaire et pesant. Je serai votre Vendredi pour la vie. Répondez-moi en envoyant un mèl à penelope72@freeme.fr"

Ce message-là figurait, bien entendu sur uyen page de Robinson Crisoë de Daniel Defoe.

L’année suivante, elle avait investi « Un amour de Swann » de Proust et avait collé son post-it entre les pages 32 et 33 :

" Est-ce que ça vous dirait, pour Noël, de venir tremper votre petite madeleine dans ma tasse de thé en mon manoir de S.-sur-S. ? Nous ferons catleya et plus si affinités. S’il vous plaît, répondez positivement à votre petite abeille ou sinon j’aurai un gros bourdon ! Je suis toujours joignable à penelope72@freeme.fr"

La littérature ne lui réussissant pas trop, elle jeta son dévolu, l’année suivante, sur un manuel d’équitation :

« Excellente cavalière cherche partenaire pas mauvais cheval, montant bien et bien monté, pour partager chevauchées fantastiques et autres westerns fous. Pour la réponse, c’est comme d’habitude : un simple courriel à penelope72@freeme.fr"

Plus tard encore elle s’était énervée et avait écrit sur son feuillet glissé dans « L’Odyssée » d’Homère :

« Hého, les mecs ! Me voilà bien peinée ! Vous êtes des lopes ou quoi ? J’en ai marre de faire tapisserie, moi ! Surtout ne répondez pas à penelope72@freeme.fr !"

Et cette année, miracle, un homme a répondu ! Vœux exaucés ! Danse des canards ! Amour, gloire et CX diesel !

Ils ont convenu d’un rendez-vous et les voilà face à face. Elle jubile. Il est grand, beau, séduisant mais quand elle lui a proposé la bagatelle, il ne s’est pas montré très empressé.

Il faut dire que son jeu de l’invitation annuelle en moins de 42 mots pour se trouver un mâle dure depuis… 42 ans !

Et le gars, lui, il est du genre flic, journaliste ou contrôleur des impôts. Il aimerait surtout savoir comment elle a gagné sa vie entre deux « messages
in a bottle ».



Ecrit d'après la proposition d'écriture n° 317 de Pascal Perrat : texte à partir d'un incipit imposé.


P.S. Moi aussi je crie "Help !" Je suis un type un peu bizarre : je ne suis pas très fier ni très satisfait de publier ici ce texte qui a vraiment bien fait rire l'Atelier d'écriture de Villejean hier soir. Mais en même temps, justement, je vendrais père et mère pour obtenir des éclats de rire autour de moi ! Donc pas d'autocensure.

Simplement je me sens réellement effondré suite aux publications du "Canard enchaîné" de ces derniers jours. Les années que j'ai vécues à Sablé-sur-Sarthe (Samfou-les Boules et Solesmes-les-Bains !), même si elles ont été "agitées sur la fin", justement du fait de la Politique - et j'y mets un grand P pour l'occasion - m'ont laissé plein de souvenirs agréables et j'avais estimé que le bilan était, comme dit l'autre, "globalement positif".

A faire un tour rapide des réactions goguenardes des journalistes parisiens (la palme à France-Inter !), à considérer les sommes en jeu, je ne sais plus quoi penser, je ne me sens pas très bien. C'est comme si on venait de déverser un seau de prosaïsme sur mes aquarelles saboliennes. Mes images s'en trouvent toutes salies. Chuis dégoûté !

Et pourtant je reste persuadé que cette dame mérite de conserver toute ma sympathie.

Je vous l'avais bien dit que j'étais un type bizarre.

Tout ce que j'espère c'est que tout le monde s'en remettra.


Joe "Bisounours" Krapov