Un craquement inhabituel éveilla son attention. Cela fait des années que je n’ai pas écouté la maison, songea-t-il. Le soir même, assis dans le noir, il l’écouta attentivement. Il fut servi !

Toute la nuit elle émit des bruits de pas rapides, réguliers, semblables aux résonances sur la cendrée d’une course de fond et de temps en temps, il lui arrivait de l’entendre gronder, essouflée, quelque chose comme :

- On a… On a… On a… On a…

Il n’aurait pas dû tendre l’oreille ainsi. Il la préférait silencieuse, réconfortante, emplie de musiques douces. Il la découvrait violente, agitée, obsessionnelle.

- On a… On a… On a… On a…

Surtout, maintenant, il n’y avait pas moyen qu’elle s’arrête. Même avec des boules Quiès il entendait ce martèlement, ces ahanements proches du simple borborygme. Cela ne se termina que vers cinq heures du matin. Il crut comprendre qu’elle criait « …gagné ! » et il y eut un barouf extraordinaire, un gigantesque bruit de chute dans le grenier. Puis plus rien. Un silence de mort.

Le lendemain, il voulut comprendre quelque chose à ce mystère. Pour en avoir le cœur net il se rendit aux archives municipales et demanda à consulter les documents relatifs à la maison. Il trouva assez vite la réponse. Un des anciens propriétaires s’appelait Tsipras Tuladanlos.

Revenu chez lui il surfa sur Genalogy.net et il découvrit que ce Tsipras descendait, par la belle sœur du neveu de Tétoutt-Nusoutonpul Joligos, d’un ancêtre dénommé Euclès.

Oui, Euclès, celui-là même qui courut 42,195 kms de Marathon jusqu’en Athènes pour annoncer la victoire des Grecs sur les Perses. En 490 avant Jésus-Christ. 

Ecrit d'après la proposition d'écriture n° 316 de Pascal Perrat : texte à partir d'un incipit imposé .