N’oubliez pas d’éteindre votre portable… et votre radio ! Depuis dimanche soir le monde s’est arrêté sur le score quasi soviétique obtenu par le camarade François Fillon à la primaire de la droite.

On n’avance plus. On recule, même. On se trouve rejeté vingt ans en arrière, dans une France que ses concurrents et adversaires, très sympathiques, ont qualifiée de « moisie ».

D85 décembre - 05

Ils n’ont peut-être pas tort. C’est qu’on le connait bien, ce coin du Sud de la Sarthe où il a entamé sa carrière politique. On revoit encore avec la même sérénité qu’alors cette abbaye de Solesmes, austère et fière et bien dressée. On a trace, dans son grenier, des douze années passées ici, sous forme de centaines de photographies colorées ou en noir et blanc de l’endroit, prises depuis la petite place de l’autre côté de la rivière. Des barques, des pénichettes y sont amarrées. On en a même fait des aquarelles.

La Sarthe ! C’est un pays de soutanes surannées, de résignations paysannes, de respect ancestral de l’autorité, des nobliaux puis des institutions. Quelle fierté, évidemment très brassensienne, liée à la Ballade des gens qui sont nés quelque part, quand un enfant du pays atteint les sommets de la réussite à laquelle nul ici n’a jamais rêvé ! On est trop bien dans ce jardin extraordinaire où chaque 24 heures compte plus qu’ailleurs, dans cette ville la plus sportive de France, capitale de la modération à l’abri de tout aléa. Monsieur le Maire a toujours trouvé du travail à tout le monde à la fromagerie Bel ou chez LDC où l’on découpe le poulet. Loué soit-il pour cela !

D 93 01 Solesmes 25 ou 43Oui, un recul de vingt ans en arrière ! On se souvient que le mercredi soir et le samedi après-midi on allait jouer aux échecs. On poussait du bois avec le docteur G. médecin-accoucheur de toute la ville. C’était une terre de droite dans laquelle vous et une poignée de détestables fonctionnaires étiez les seuls à voter pour la gauche. Et pourtant, effet de la douceur angevine pas très lointaine, sans doute, elles vous indifféraient un tant soit peu, ces moeurs provinciales poussiéreuses qui n’étaient pas les vôtres : les enfants dans le privé, le golf de Sablé-Solesmes, le club d’équitation, les sonneries de trompe de chasse au château de Dobert, le Festival de musique baroque, le vol en montgolfière pratiqué comme étant le nec plus ultra du snobisme local.

Et voilà qu’après vingt ans d’interruption on remet les pieds dans une aimable assemblée de papys joueurs d’échecs. Et comme par un fait exprès le monde journalistique s’extasie encore et toujours comme à l’époque sur le roi François par-ci, le roi François par-là !

N’oublie pas d’éteindre ton portable et surtout ta radio, Joe Krapov ! Le monde avance à rebrousse-temps ! Ca va te prendre à rebrousse-poil !


Pondu à l'Atelier d'écriture de Villejean le 29 novembre 2016 d'après la consigne ci-dessous.