04 septembre 2016

DECEMBRE EN CHAMBRE DES MERVEILLES

160825 Expo Chambres des merveilles

DECEMBRE EN CHAMBRE DES MERVEILLES

En auront-ils parcouru, des braderies, des bric-à-brac et des brocantes ! Tout comme leurs hardis parents qui, de Lima au Mali, de Chaville à Cambrai, du Havre jusqu’au Chili, pour des chasses au trésor toujours plus chamarrées, ont marché, fouiné, empli leur havresac, leur besace élimée !

Et tout cela en vue de nous amasser dans des cabinets de curiosités puis… dans des malles au fond des caves de ce vieux château !

Savent-ils, ces jeunes Béotiens, qu’ils ont remisé ici, dans ces bas-fonds délabrés où personne ne dévale plus, de vieilles reliques devant lesquelles leurs anciens propriétaires ne faisaient que s’émerveiller ?

C’est vraiment du délire ! Ou alors cela relève de la brimade. Cela nous déchire le cœur d’être stockés ici comme des débris dans un débarras.

Le plus vraisemblable, c’est que ces gens ont trop dansé la samba et la lambada. Ils s’en vont de la cervelle ! Leur époque est amère et leurs mœurs sont trop viles : ils n’arrivent pas à la cheville de leurs ancêtres.

Quel conservateur joyeux drille, quelle chambrière aux yeux de biche à Bac + 5, quel connaisseur d’antiques en balade viendra nous délivrer de ce cauchemar ?

Nous l’entendons déjà, ce messie, réveiller ses pareils, bramer :
- Mais elles sont en ambre, ces billes ! Et ceci, c’est du vrai marbre ! Et là, cette châsse : un objet sacré volé à Notre-Dame de la Garde à Marseille ! Ici, une statuette Mochica ! Là, une harde de la tragédienne Rachel et, dans cette valise, le manuscrit autographe du barbier de Séville et le cahier des pensées secrètes de Rachilde.

Hélas non, cessons de remâcher nos rêves éveillés ! Ce que nous oyons cette nuit ce sont les échos de la grande brasserie du dessus. Chambard délibéré ou orgie calibrée, la fiesta débridée a démarré. Les salons et salles d’apparat du château ont encore été loués pour servir de cadre à une soirée électro très chic de cocaïnomanes et autres alcooliques de la jet set. Un barde télévisuel braille pour faire vibrer les brebis de Panurge de cette fête d’hiver.

Bientôt, contre les arbres centenaires du parc, d’aucuns, qui ont trop liché de Chablis chavirent et vident leur vessie ou s’écroulent, tripes vidées.

Ce ne sont point des bisbilles que nos plaintes, c’est une question-invitation au réalisme : habillé de lamé, de résille et de chic, ayant perdu la boule et toutes ses facettes, qu’a-t-il donc d’admirable, votre monde d’héritiers malades ?

Ecrit d'après cette consigne

Ne manquez pas de lire la réponse de Célestine à ce même exercice. La maison lui accorde le premier prix de chambre des merveilles !

 

Le film du jour

... qui a inspiré la fin du texte précédent : "Toni Erdmann" de Maren Ade.

Pas aussi drôle que ne le prétend la critique (quoique certaines scènes soient d'anthologie) mais surtout très tendre, très bien vu et très humain sur la relation père-fille. La maison Krapov-Bourgeoizovna a adoré !

 

Posté par Joe Krapov à 11:43 - - Commentaires [2] - Permalien [#]
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