06 juillet 2015

UN CONTE GASTRONOMIQUE BRETON (1)

AEV 1415-31 01 cuisinier

 

Il était une fois un petit cuisinier qui était laid, mais laid ! Alors là, non, jamais vous ne pourriez imaginer à quel point il était laid ! C’est bien simple, il était tellement laid qu’en l’apercevant le lait tournait, les poulets se carapataient, les carottes s’écriaient « On est cuites !», les haricots se lamentaient « C’est la fin, Jane », les betteraves partaient piailler dans les pumas et même les œufs se cassaient. Malgré tout cela, en dépit de cette laideur et de ces incidents, il était le plus brave des garçons du royaume et surtout c’était le meilleur des cuisiniers que la Terre jamais ne porta. Il s’appelait Ferdinand.

Il venait justement, ce jour-là, d’être engagé pour travailler au château dans les cuisines du roi. Il avait donné toute satisfaction lors de son entretien d’embauche.

Le roi et la reine de ce pays-là étaient heureux, mais heureux ! Alors là, non, jamais vous ne pourriez imaginer à quel point ils étaient heureux ! C’est bien simple, même le plus imbécile parmi les pauvres en esprit n’était pas aussi heureux qu’eux. Même le Dieu Rakatsaka qui est le dieu des imbéciles chinois qui regardent la lune en se mettant le doigt dans l’œil n’était pas aussi heureux que Lao-Tseu ni qu’eux.

AEV 1415-31 02 laid

C’est que le roi et la reine avaient une fille unique. C’était leur trésor, la prunelle de leurs yeux et ceux de la princesse étaient plus bleus encore que les eaux de la Méditerranée dans les calanques près de Marseille. Elle était belle, mais belle cette princesse ! Alors là non, jamais vous ne pourriez imaginer comme elle était belle. L’ennui, c’est qu’elle avait un QI de pétoncle.

Le roi et la reine éprouvaient certaines nuits de grands moments de mélancolie. Ils songeaient que tous les prétendants à la main de leur fille se rendaient vite compte, aux réponses inconvenantes qu’elle faisait à leurs discours, qu’elle avait un cerveau d’ornithorynque du Tonkin auquel aurait manqué le bec de canard, les pattes palmées et même le manche du couteau sans lame de M. Lichtenberg. Malgré la beauté physique de la demoiselle, tous se détournaient très vite du projet de l’épouser. Comme disait le proverbe branquignol très en vogue dans ce royaume-là : « Il n’y a pas que le sexe dans la vie, il y a aussi les chiffres et les lettres ».

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UN CONTE GASTRONOMIQUE BRETON (2)

AEV 1415-31 03 mendiant

Un beau jour donc – il était beau ce jour mais beau ! Alors là non, jamais vous ne pourriez imaginer à quel point c’était un beau jour de chez beau jour ! Un beau jour donc, un mendiant vint frapper à la porte du château. A l’époque on disait plutôt « heurter à l’huis ». Cela fit Plonk, Plonk, Plonk et Replonk. On amena le saltimbanque auprès de leurs majestés. Car le roi aimait à se divertir de la variété de ses sujets. Le couple royal recevait tout un chacun à demeure. A la table du banquet, ils laissaient toujours une place pour le pauvre de passage. Car voyez-vous les philistins adorent les oiseux de passage : leurs lamentations ponctuelles et perpétuelles sur leur sort et le bout du zinc ajoutait au bonheur des royales personnes.

 

 

 

 

 

AEV 1415-31 04 effrayé

Mais le mendiant qui était entré ce jour-là ne se plaignit pas. Il avala sa pitance en silence, trinqua avec les dignitaires de cette haute assemblée. Qu’elle était haute, mais haute, cette assemblée ! Alors là non, jamais vous ne pourriez-vous imaginer à quel point elle culminait ! A la fin du repas, en vue de prendre congé et la direction de la sortie, le mendiant s’approcha du roi et de la reine. Ceux-ci, quelques peu inquiets d’un tel culot, effrayés même de cette initiative à la manque eurent un mouvement de recul instinctif mais ils furent tout ouïe dès que le drôle de bonhomme leur eut dit :
- Je sais quel est votre souci, vos altesses. Il vous faut marier votre fille et tout le monde se rend compte qu’elle est un peu quiche alors même qu’on n’a pas encore inventé la Lorraine. Je vous conseille juste de faire monter les enchères. Promettez aux chevaliers, seigneurs, nobliaux, hobereaux, parvenus, prétendus et prétendants de tout poil que vous donnerez en dot à votre fille l’Anneau papal et la ville d’Avignon. Il faudra pour cela quérir la réponse à cette énigme.".

Il sortit de sa besace un rouleau de parchemin qu’il remit au roi, il fit une révérence et il s’en alla.

AEV 1415-31 05 anneau

Le roi et la reine réfléchirent cette nuit-là. L’anneau papal et la ville d’Avignon, ce n’était pas rien ! En même temps, le pont sur lequel les habitants dansaient était cassé en son milieu et la religion, ni le roi Richard ni la reine Séréna ne s’y étaient jamais vraiment intéressés, pour dire. C’était juste un pouvoir concurrent qui inquisitionnait bien un petit peu par-ci par-là, qui faisait ses petites affaires avec ses petits habits sacerdotaux, qui aimait bien avoir l’air, qui conquistadorait ramener des trésors du pays Inca mais grosso modo, bon an mal an, on vivait en bonne entente avec cette secte qui n’avait pas encore réussi.

AEV 1415-31 06 nuit

Justement, le dernier pape était mort et un nouveau pape était appelé à régner.

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UN CONTE GASTRONOMIQUE BRETON (3)

AEV 1415-31 07 poursuite

Alors, le lendemain, tous les hérauts du royaume allèrent proclamer ici et là que celui qui trouverait la réponse à la devinette suivante épouserait la princesse et deviendrait pape :

« Monsieur et Madame Saint-Malo-Alanage-C’estcoton ont un fils. Comment s’appelle-t-il ?

Tous les preux du royaume se mirent en quête de la réponse. Certains partirent sur d’improbables jonques, traversèrent les mers, utilisèrent tous les moyens, y compris le prototype du vélo de Richard Virenque pour partir à la poursuite de la réponse. Ils allèrent partout, auprès du mage Carambar, de Maître Jacques de Vannes qui en sortait de bonnes, de la bonne à la Pythie de Delphes. Il faut dire qu’à cette époque, ni Victor Hugo, ni le calembour, la fiente de l’esprit qui vole, n’avaient encore été inventés. Il fallait consulter un spécialiste pour ce genre d’énigmes.

 

AEV 1415-31 08 en mer

Le temps passa sans que personne ne revînt avec la bonne réponse. La vie heureuse reprit son cours. La reine avec mélancolie refit pousser ses ancolies. Le roi se désola que toutes ces andouilles fussent rentrées bredouilles.

Le temps passa sur les mémoires, on oublia l’événement. Un beau jour, cependant, le roi vint aux cuisines et annonça qu’il y aurait festin le lendemain car c’était le jour anniversaire de la naissance de la princesse.

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UN CONTE GASTRONOMIQUE BRETON (4)

C’est ici que nous retrouvons notre petit cuisinier, vous vous souvenez, le laid du début ?
Il avait tellement fait ses preuves dans la cuisine qu’il y était devenu maître pâtissier. On l’appelait Taupe Chiffe à cause de ses yeux de myope et de sa mollesse apparente mais son savoir-faire en matière de génoises, de savarins et de décorum laissait tout le monde baba. Ce fut lui, tout naturellement, qui prépara le gâteau d’anniversaire.

AEV 1415-31 09 épilogue

Il était bon, mais bon ce gâteau ! Alors là, non jamais vous ne pourriez imaginer à quel point il était bon ! C’est bien simple : quand la princesse en eut mangé, elle exigea qu’on lui présente l’auteur d’un tel prodige de gourmandise. On alla donc chercher notre héros dans la cuisine et on amena devant la famille royale le cuisinier boutonneux. La princesse sembla ne pas s’apercevoir de sa laideur.

- Comment t’appelles-tu, beau jeune homme et divin maître-queux ?

Et le pâtissier de répondre :

- Ferdinand !

- Bravo ! hurla le roi ! C’est la bonne réponse ! Monsieur et Madame Saint-Malo-Alanage-C’estcoton ont un fils. Comment s’appelle-t-il ? La bonne réponse est « Ferdinand » ! Je te donne la main de ma fille, l’anneau papal et la ville d’Avignon ! »

Alors l’énigme fut finalement résolue et c’est ainsi que Ferdinand devint pape. S’il s’était appelé Libellule ou Papillon, je n’aurais jamais pu écrire cette histoire-là !

 

Ecrit à l'Atelier d'écriture de Villejean le 15 juin 2015
à partir des neuf cartes ci-dessus
et d'une liste de 27 mots contenant les sons inc, onc ou anc.

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Premières visions vénitiennes de Vendôme (Loir-et-Cher) le 3 juillet 2015 (1)

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Le plan de la ville traînait derrière moi depuis mai...
Inutile de le consulter
car j'ai l'impression que je connais par coeur
tous les itinéraires secrets qui mènent de l'église abbatiale au parc Ronsard.

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Premières visions vénitiennes de Vendôme (Loir-et-Cher) le 3 juillet 2015 (2)

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Cela semble tout petit
mais pour cause de travaux à un carrefour, impossible d'entrer dans cette ville où l'on n'arrive jamais !

- C'est bien simple, nous dit le tenancier du camping. Si vous voulez entrer dans Vendôme, ne prenez pas la direction Vendôme Sud ni la direction Vendôme Nord. Prenez la direction de Chartres puis tout de suite après avoir passé le panneau Vendôme, vous prenez la première à gauche. Puis ensuite la première à gauche. Puis, une fois passé le pont sur le Loir, la première à gauche.
- D'accord, on y pensera la prochaine fois. Et pour gagner l'emplacement que vous nous avez affecté ?
- Vous passez la barrière et comme vous ne pouvez tourner à droite à cause du sens interdit...
- J'ai compris. On prend la première à gauche.

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Premières visions vénitiennes de Vendôme (Loir-et-Cher) le 3 juillet 2015 (3)

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J'ai passé cette année à suivre des gens. Les B Car à la bibliothèque Lucien Rose, à Laval, à Chailland, à Paris, à Montreuil, rue du Chapitre à Rennes.
Marina B. m'a emmené à Breteil, à la Quincaillerie générale, à l'Antre deux, à l'Artiste assoiffé, au Papier timbré, à Coutances, à Fort-bloqué, à La Chapelle-Touaraut et me voilà à lui emboîter le pas dans un festival de conte qui n'en est pas un, à trois heures et demie de route de chez nous !

Je le sens bien que ça va l'énerver, ce qu'on va voir et entendre ci, mais je ne dis rien. Tous ces gens qui s'agitent dans tous les sens toujours, ils ont été créés "espécialement pour moi", pour que je puisse ainsi qu'un chat, sourire dans ma moustache de leurs aventures et mésaventures.

Alors merci à celles et ceux qui me promènent et me permettent d'amasser des images, des sons, des sensations que je savoure tranquillement, après coup, chez moi, là où finalement, je suis le mieux !

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Premières visions vénitiennes de Vendôme (Loir-et-Cher) le 3 juillet 2015 (4)

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Le programme du Festival Epos est ici.

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