Bref, je cohabite avec une Martienne.

Les Martiennes viennent au monde entre le 21 mars et le 20 avril et elles sont le premier des douze signes du zodiaque. On les représente comme des bêtes à cornes qui enfoncent les portes ouvertes ou fermées mais pour celle avec laquelle je vis ce n’est pas moi qui les lui fais porter, les cornes : c’est plutôt elle qui me fait porter les meubles. Moi je suis un homme de fidélité, d’habitudes et même de TOCs. C’est vous dire si, depuis le 1er septembre où Marina Bourgeoizovna, ma Martienne préférée, dispose de tout son temps pour chanstiquer la maison, je suis bousculé par cette cohabitation d’un nouveau genre. En un mois de temps les fenêtres ont été changées, les meubles de la cuisine également, la hotte aspirante suit le même chemin, la tapisserie de la cuisine a été refaite et tout ce qui était à gauche dans les placards est désormais à droite et lycée de Versailles.

Mme la Martienne a aussi repris ses activités. Le lundi soir, quand je reviens de la chorale, elle part à son atelier conte. Le mercredi, ce n’est pas raviolis mais cours de chant suivi de taï chi. Un dimanche sur trois « Madame Bricoflex » chante et danse avec Vocaline pour préparer « Le voyage dans la Lune » d’Offenbach. 

Après avoir fait du ménage dans sa bibliothèque et dans sa cave, Marina est allée jouer à la marchande à la braderie de La Touche, obligeant son mari travailleur à se lever à 6 heures du matin un samedi pour l’aider à transporter son souk.

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Non contente d’avoir jadis pratiqué l’escrime, le tir au pistolet, l’escalade, la psychologie en milieu « carcéral » scolaire, Mme Krapov fait désormais du longe-côte à Saint-Malo une fois par semaine et il y a sa combinaison orange qui pendouille ensuite au-dessus de la baignoire. C’est bien simple, chaque fois que je vais me laver les dents, j’ai l’impression d’entrer dans une cellule de Guantanamo.

Ajoutons que Marina gère la comptabilité de deux associations, qu’elle a, avec une de ses collègues, un projet d’espace jeux pour favoriser le dialogue des parents immigrés avec leurs enfants et qu’elle veut proposer ses services de conteuse au Noroît. On reconnaît bien là la resquilleuse qui, sous prétexte de vol retour annulé, a prolongé son séjour à Barcelone d’une journée pour monter voir au Tibidao si j’y étais. Et non, je n’y étais pas : j’étais dans le train du retour puis à la gare Montparnasse en train de traverser la foule des supporters bretons venus assister à Rennes-Guingamp en finale de la Coupe de France.

Justement, qu’un Lunatique comme moi puisse, pareil à la Mer de la tranquillité, supporter sans plus broncher tout ce tohu-bohu de native de la planète rouge, ça me la coupe !

Bref, je cohabite avec une Martienne !

 

Ces trois textes ont été écrits à l'Atelier d'écriture de Villejean le mardi 7 octobre 2014 en s'inspirant de "Bref" la mini-série de Kyan Khojandi qui cartonna sur Canal+ en 2011-2012 :

- une phrase commençant par Bref je ou Bref j'ai en edébut du texte et reprise telle quelle à la fin ;
- pas plus de 25 lignes entre les deux ;
- épisode autobiographique réel ou imaginé raconté de façon à faire rire ou sourire.