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Je ne sais pas quel tour surprenant a pris la conversation à un moment mais au dessert nous avions quatre pâtisseries orientales à nous partager à trois. Marina Bourgeoizovna a coupé la corne de gazelle en trois et les trois autres gâteaux en quatre pendant que je passais le café. C'est à ce moment-là qu’on a reparlé du moulin à café électrique. « Est-ce qu’on l’a encore, seulement ? » ai-je demandé. On ne sait plus. Depuis le temps qu’on achète du café tout moulu, maintenant c’est nous qui le sommes, tout moulus quand on fait dix kilomètres de vélo ou treize kilomètres de marche alors que quatre kilomètres de jogging en K-Way sous la pluie, je ne sens rien.

Ca fait une paie que j’ai quitté mon village natal en emportant ce moulin à café. Quand je travaillais à Paris, j’y revenais toutes les semaines ou tous les quinze jours et je repartais le lundi matin avec dans mon sac un paquet de café Méo en grains acheté à la Boulangerie Lecorne. Je me souviens aussi du moulin à café manuel qu’il y avait avant celui-là. Il se rangeait dans le placard de gauche de la cuisine, il était couleur crème et avait un petit tiroir orné de fleurettes rouges. On le coinçait entre ses genoux, on fermait le petit logement métallique dans lequel on avait versé les grains et puis on moulinait. Plus on tournait et plus on entendait Juliette Gréco qui chantait « Eh bien voilà, lui dit-il, j’ai avalé ma pendule ! ». C’était du Queneau. On lui demandait à la fille de Saint-Germain des Prés au nez refait : « Vous aimez Queneau ? » et elle répondait « Oh que oui que j’aime Queneau ! ». A l’époque il y avait aussi Marcel Zanini qui chantait « Tu veux ou tu veux pas ?». On peut bien manger le chat aujourd’hui vu que dans les années soixante on avalait des pendules ! Par contre Tryphon Tournesol n’a jamais avalé le sien de pendule. Surprenant, non ?