03 mars 2013

Un message publicitaire à la craie boulevard Marbeuf à Rennes le 2 mars 2013

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Désolé, DJ Beubeu, mais le week-end je transforme mes vinyles de Vivaldi en fichiers MP3 !
Et les autres jours... je les écoute !

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Une enseigne de crêperie à Rennes le 2 mars 2013

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Ce n'est pas pour raconter ma vie mais... je m'étonne assez ! Chaque semaine, en plus de mes activités choralistiques, professionnelles, cuisinières - et de celles qui ne vous regardent pas - j'écris deux ou trois textes pour des ateliers d'écriture. Jusqu'à présent je les laissais éparpillés là où ils avaient pris leur essor et trouvé leurs destinataires. Mais la mésaventure d'ONMvoice - mes fichiers sonores ont été effacés par l'hébergeur - et celle de "Joe Krapov partage ses images" m'incitent à rassembler cette littérature par ici le week-end. Allez, les crêpes, je ne veux voir qu'une seule pile ! Désolé pour les fidèles à qui cela va coûter trois photos ! (En même temps je ne suis pas radin de vidéos pour compenser ces temps-ci sur les ateliers !)

Posté par Joe Krapov à 17:07 - - Commentaires [2] - Permalien [#]
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Le targui des étoiles

1
Ma cabane au Sahara
Est devenue aérostat
Nacelle de la montgolfière
Qu’est la Terre

Petit prince abandonné
Me voici à piloter
Sous le toit
De ma cabane au Sahara

Elle s’en va
Légère dans les étoiles
Le simoun
Gonfle ses jolies voiles

2
Ma cabane au Sahara
C'est mon Led Zeppelin à moi
La vie libre qui me plait
Balloté

Les richesses de la planète
Tout autour de moi volètent
Il suffit
Que je tende mon épuisette

Mais je rêve d'y emmener
Celle qui voudra me suivre
Viens avec moi si tu veux vivre
D’aventurières destinées

3
Jusqu’au bout de l’univers
On ira se mettre au vert
Sur le toit de ma cabane
Au Sahara

Sur les anneaux de Saturne
Nous f’rons danser nos cothurnes
Au grand bal
Des rigolos d’Aldébaran

Je te dirai
Le nom des nébuleuses
Je t'apprendrai
Des chants de Bételgeuse

4
Ma cabane au Sahara
Tant que tu y resteras
Ce sera le paradis
Ma chérie

A quoi bon chercher ailleurs
Je sais bien que le bonheur
Il est là
Dans ma cabane au Sahara.

  

Texte écrit pour le Défi du samedi n° 235 et publié le 2 mars 2013

Posté par Joe Krapov à 16:58 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
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Est-ce ainsi que les hommes - et les femmes - vivent ?

- Vous venez souvent ici, chère Madame ?
- Chaque fois qu’il y a un karaoké, mon beau monsieur. C’est une bonne occasion de sortir mon mari. Le médecin a dit qu’il doit bouger. Sinon il est toujours fourré sur son ordinateur ou dans ses cahiers à écrire comme un malade. Qu’il est, du reste.

- Votre mari écrit ? Des romans ? Des essais ? Des articles ?
- Ne le répétez à personne : il fait de la poésie !
- De la p… ? Non ? Vous plaisantez, j’espère ? De nos jours ! Ce doit être illisible ?
- Ca l’est d’autant plus que Louis écrit en alexandrins ou en vers qui riment. Avant qu’il ne devienne ce grand corps malade il allait même déclamer sa production dans les cafés-slam !
- Il a une maladie ? Il semble bien conservé pourtant. Bonjour, monsieur le poète !

Le mari de la dame à l’accent étranger ne répond pas. Il a les yeux fixés sur l’écran de télé géant où défilent les paroles des «Feuilles mortes» de Prévert et Kosma qu’une Lara Fabian d’occasion est en train de massacrer, au grand dam d'un ancien scientifique belge qui se bouche les oreilles. Ca ne semble pas le gêner, lui, le poète : déjà que les aveugles sont parfois sourds à ce qu’on leur braille, il ne faut pas s’étonner si les émules de Verlaine trouvent un peu longs les sanglots des violons dans leur sonotone.

- Excusez-le, il a des absences. Le plus terrible c’est quand il redevient lucide. Il m’accuse de lui avoir fait perdre la boule. Un jour il m’a dit : « Tes yeux sont si profonds que j’y perds la mémoire !". Vous vous rendez compte ?
- C’est vrai que vos yeux sont très beaux. Vous avez dû faire des ravages quand vous étiez jeune. J’espère que je ne vous vexe pas en vous disant cela. Vous devez d’ailleurs encore en faire beaucoup.
- C’est vrai, monsieur très cher. Ma sœur Lili et moi, autrefois, nous avons vu défiler toute la Russie chez nous. Si je puis vous confier un secret, cher monsieur… Quel est votre prénom ?
- Marcel. Marcel Stroskane, pour vous servir.
- Eh bien mon cher Marcel, il n’y a que le transsibérien à ne pas nous être passé dessus ! Ces succès amoureux étaient d’autant plus surprenants que nous avions la réputation d’avoir un cœur de pierre.
- Des jaloux, des médisants, sans doute ?

MIC 2013 02 25 bricks

- Non, des plaisantins : notre nom de famille était Brique ! Et du coup, après avoir écumé toute l’URSS, j’ai fait le mur et je suis allée en Italie où j’ai changé de nom et de prénom. C’est à Venise que j’ai rencontré cet idiot : il voulait s’y suicider. Se suicider à Venise, il y a de quoi se gondoler, non ?
- Vous exagérez certainement. Vous n’avez pas l’air d’avoir été malheureuse ?
- Pas autant que ma sœur en tout cas. Elle aussi a épousé un poète mais il n’a pas survécu.
- Ce sont des êtres fragiles, paraît-il ?
- Fragiles ? Vous rigolez ? Mon Louis a été très résistant.

Le Louis en question, fantôme un peu hagard, vient de se lever en entendant les premières mesures du « Chiffon rouge » de Michel Fugain. C’est une institutrice en combinaison de ski qui le chante en levant le poing. Louis la fixe d’un regard quasi amoureux et on voit ses lèvres trembloter comme s’il prononçait les paroles de la chanson mais en fait un lecteur averti décélerait qu’il prononce tout bas celles de « L’Internationale ».

Marcella le fait rasseoir puis elle dit à Marcel :

- Vous avez quelque chose de prévu après ce karaoké ? Vous pourriez venir à la maison faire plus ample connaissance ? Nous habitons à deux pas d'ici.

Comme ça fait déjà dix minutes qu’elle lui fait du pied et que, dessous la table, elle a posé la main sur le haut de sa cuisse, vraiment tout en haut, Marcel lui répond :

- Volontiers !

Puis il ajoute :


- C’est moi qui chante la prochaine !


Effectivement on l’appelle et il entame avec élégance et suavité « Sous les jupes des filles » de Souchon.

- Toi, mon cochon, pense Marcella, tu n’es pas la moitié d’un ! On va s’en donner, toi et moi ! Dès que je t’aurai chanté «Déshabillez-moi», je vais te faire perdre ton latin exactement comme Juliette a fait perdre son Gréco-romain à Roméo : de haute lutte !

Puis elle s’adresse à Louis :

- Tu vas avoir du spectacle, ce soir Louis ! Du comme tu l’aimes ! Et puis comme ça m’ennuie d’avoir laissé notre roman inachevé, je crois qu’avec mes aventures post-Aloys, avec ce type-là et les autres qui l'ont précédé et le suivront, je tiens un bon sujet de best-seller ! Allez, chauffe, Marcel !

Mais cette promesse vient trop tard. Affalé dans son fauteuil sous le portrait de Blanche de Castille – la déco du salon où a lieu le karaoké est manifestement assez surréaliste – Louis s’est oublié, il a oublié Blanche, Marcella, Nancy et les autres : il s’est endormi. Riche de toutes ces musiques, heureux de cette humanité chantante, n’ayant plus à se soucier de la ligne puisqu’il est parti, tranquille comme un roi sous sa crinière d’argent, voilà que Louis dort.

Et dans son rêve du moment, dans un autre univers un peu plus chatoyant, un homme et une femme, à l’unisson, chantent sans trop la massacrer une des chansons qu’il a écrites.

Texte écrit pour "Un mot une image une citation" du 25 février 2013